Maddie Mullin et Brooke Ailey : deux parcours, un partenariat exceptionnel

7 Jan, 2026

Lorsque Madison Mullin a enfilé pour la première fois une paire de skis de fond, elle ne pensait ni aux Coupes du monde ni aux Jeux paralympiques. « Je cherchais simplement un sport à pratiquer », explique-t-elle. « Un sport où je n’aurais pas à dépendre constamment de quelqu’un d’autre et où je pourrais rester moi-même. »

Elle n’avait que dix ans lorsqu’elle a essayé le ski de fond pour la première fois, lors d’un événement organisé par Ski de fond Ontario à Toronto. « J’ai toujours vu le ski de fond comme un sport très récréatif », raconte-t-elle. « Comme quelque chose que vos grands-parents feraient. Je ne pensais pas vraiment qu’il y avait un volet haute performance. »

Au début, ce n’était pas un coup de foudre. « Ce que j’aimais, c’était de pouvoir skier seule, contrairement à d’autres sports comme le ski alpin, où j’avais besoin de quelqu’un pour me guider afin de ne pas me blesser. Il m’a fallu un certain temps pour vraiment découvrir ma passion pour ce sport. »

En passant plus de temps sur ses skis et en constatant des progrès graduels, Maddie a fini par trouver sa véritable motivation. « J’aimais le fait que tout dépendait de mon temps », explique Madison. « On peut toujours s’améliorer. Il y a toujours moyen de faire mieux. »

Il lui a fallu des années avant de percevoir l’ampleur de cette progression. Elle a fait ses débuts en Coupe du monde de ski de fond paralympique en Finlande, à seulement 17 ans. La saison dernière a marqué ses premiers pas sur le circuit mondial et a profondément changé sa vision de l’avenir dans le sport.

« Je me souviens d’être là et de me dire : “Je n’arrive pas à croire que je suis vraiment ici” », raconte-t-elle. « C’est à ce moment-là que j’ai compris que je pouvais aller beaucoup plus loin et faire de ce sport une véritable carrière, plutôt qu’une simple activité que j’aime pratiquer. »

La relation de Brooke Ailey avec le ski a commencé bien plus tôt, influencée par sa famille, sa communauté et sa routine. Ayant grandi à Thunder Bay, elle a passé ses hivers au club Lappe Nordic, encadrée par ses parents et entourée de passionnés.

« Cela a toujours fait partie de ma vie », explique Brooke. « Toute ma famille fait du ski. C’est cette communauté qui m’a vraiment transmis l’amour de ce sport. »

Plus tard, l’équilibre est devenu une priorité. Brooke a choisi de poursuivre des études universitaires à Nipissing, déterminée à concilier sa passion pour le ski et ses études.

« L’école était vraiment importante pour moi », dit-elle. « Je voulais faire autre chose que du ski et j’avais besoin de cet équilibre pour préserver ma santé mentale. »

L’opportunité de guider Madison s’est présentée grâce à Leslie Bode, entraîneuse de développement para nordique chez Nordiq Canada, à un moment où Brooke se concentrait sur ses propres objectifs de compétition et visait une sélection aux Jeux mondiaux universitaires FISU. « Je voulais vraiment guider », raconte Brooke. « Mais je ne savais pas si j’allais être sélectionnée pour les FISU, et ça me semblait être un pari risqué. »

Après s’être qualifiée et avoir représenté le Canada aux Jeux FISU en 2025, Brooke a fait le grand saut dans le guidage Para nordique.

Bien qu’elles aient toutes deux grandi en pratiquant le ski et la compétition en Ontario, Madison et Brooke ne se connaissaient pas vraiment. Elles se sont croisées à plusieurs reprises sans jamais se rencontrer, mais dès qu’elles ont commencé à travailler ensemble, le courant est immédiatement passé.

Pour Madison, la vitesse n’est pas le critère principal dans le choix d’un guide. « Je ne me concentre pas uniquement sur l’aspect ski », explique-t-elle. « Je privilégie la personnalité. Pouvoir s’entendre avec quelqu’un sur le long terme et être capable de bien communiquer est essentiel. »

Cette communication, ajoute-t-elle, doit être constante. « Nous passons énormément de temps ensemble à nous entraîner, à courir et à vivre ensemble », dit Madison. « Si on ne communique pas, les choses peuvent vite devenir stressantes, surtout les jours de course. »

Brooke acquiesce.

« Nous exprimons simplement ce que nous pensons », dit-elle. « Si quelque chose ne s’est pas bien passé, nous en parlons. Et si ça s’est très bien passé, nous en parlons aussi. »

Aucune des deux ne voit cette relation comme hiérarchique.

« Ce n’est pas une situation où l’une travaille pour l’autre », souligne Madison. « C’est un véritable partenariat. »

Et ce partenariat va bien au-delà de la compétition. « Je ne veux pas que quelqu’un ait l’impression de n’avoir d’importance que lorsque j’ai besoin d’aide », explique Madison. « Brooke a ses propres objectifs, et c’est important. »

Être guide a également permis à Brooke de mieux comprendre l’aspect mental du sport. Actuellement en fin de baccalauréat en santé physique et éducation, elle prévoit de poursuivre une maîtrise en kinésiologie, avec une spécialisation en psychologie du sport et en transition vers le sport paralympique. « Il y a tellement de dynamiques uniques dans le sport paralympique », explique Brooke. « Les changements de classification, les blessures, l’évolution des handicaps… il y a beaucoup de transitions, et on en parle trop peu. »

Ces transitions résonnent particulièrement chez Brooke, compte tenu de sa propre expérience en tant que jeune athlète. Le ski n’a pas toujours été un espace positif pour elle. « Pendant longtemps, le sport a été très difficile mentalement pour moi », confie-t-elle. « J’étais extrêmement focalisée sur mes performances et sur mon apparence, et cela est devenu vraiment malsain. »

Surmonter ces difficultés a profondément transformé sa relation avec le ski et avec elle-même.

« En sortant de cette période, j’ai compris à quel point la santé mentale est essentielle dans le sport », ajoute Brooke. « Aujourd’hui, le ski est l’une des choses qui m’aide le plus à gérer mon anxiété et à me sentir ancrée dans la réalité. »

Cette perspective se reflète directement dans la manière dont Brooke aborde son rôle de guide. « Je pense que ça m’aide à être une meilleure guide », explique-t-elle. « Je comprends que ce qui se passe sur la neige ne se résume jamais au simple fait de skier. Il y a toujours plus que ça, et il est important de le reconnaître et d’en parler. »

Pour Madison, cette conscience fait toute la différence. « Le fait de savoir que Brooke a traversé ses propres épreuves change tout », dit-elle. « Je ne me sens jamais jugée, et je n’ai jamais l’impression que ce que je ressens est ridicule ou déplacé. »

Cette saison, le duo a fait ses débuts devant son public lors de la Coupe du monde de para ski de fond à Canmore, en Alberta. « Courir à domicile était vraiment spécial », explique Madison. « Avoir des gens qui vous soutiennent et qui croient en vous, ça compte énormément. »

Les résultats ont rapidement suivi. Madison et Brooke ont terminé deuxième lors de trois courses consécutives de la Coupe du monde en début de saison. « Ça nous a vraiment donné confiance », confie Brooke. « On avait le sentiment de faire quelque chose de bien. »

Pour Madison, le ski est devenu un choix, et non plus une obligation. « C’est une source de bonheur maintenant », dit-elle. « J’ai vraiment hâte d’y être, et j’adore revêtir l’unifolié. »

En enfilant la combinaison de course canadienne, son sentiment d’appartenance s’est encore renforcé. « Quand on porte la feuille d’érable, c’est vraiment spécial », ajoute-t-elle. « On réalise la chance que l’on a de faire partie de ce groupe et de représenter tant de gens. »

Pour Madison, participer à des compétitions internationales ne se résume pas seulement aux résultats. Il s’agit aussi de donner de la visibilité aux athlètes encore en retrait, qui ne savent pas si le sport peut leur offrir une place. « Je pense à cette fille qui veut essayer quelque chose, mais qui est nerveuse », explique Madison. « Celle qui ne sait pas si elle a sa place… c’était moi. »

Elle espère que voir des para-athlètes concourir sur la scène mondiale pourra élargir ce qui semble possible. « Si quelqu’un voit cela et se dit qu’il pourrait peut-être essayer, ou qu’il pourrait trouver un endroit où se sentir accepté et soutenu, alors ça a du sens », dit-elle. « C’est pour ça que je cours. »

Brooke perçoit cette responsabilité sous un angle complémentaire. « C’est un immense honneur »,  dit-elle. « Non seulement de représenter le Canada, mais aussi de contribuer à ce que Madison soit vue et soutenue. »

Pour Brooke, faire partie de ce partenariat signifie être aux côtés de quelqu’un dont la présence peut transformer la façon dont les autres se perçoivent. « Pouvoir faire ça ensemble et aider Madison à représenter le Canada, ça veut dire beaucoup », ajoute-t-elle. « Si les gens voient ce partenariat et réalisent que le sport peut être différent tout en restant puissant, c’est vraiment important. »

Ensemble, elles ne courent pas seulement pour les podiums, mais aussi pour les communautés qui les soutiennent, pour les athlètes qui cherchent encore leur place, et pour la conviction que le sport peut être un lieu de confiance, d’acceptation et de possibilités.