

Travail acharné, médailles d’or et soutien indéfectible dans sa ville natale : découvrez Max Hollmann, le skieur de Thunder Bay qui vise les Jeux olympiques
Quand on croise Max Hollmann après une longue journée d’entraînement, il est souvent exténué, mais toujours souriant. Ce dernier mois, il a enchaîné les séances doubles, les heures interminables sur les pistes et les séances de musculation intensives. Un programme conçu pour repousser ses limites. « C’était un mois vraiment intense », confie Max en riant. « La charge d’entraînement est très lourde en ce moment. »
Un rythme que peu accepteraient. Mais pour ce fondeur canadien de 23 ans, étoile montante du ski de fond, c’est le prix à payer pour atteindre son objectif ultime : participer aux Jeux olympiques.
Les racines de Thunder Bay
Originaire de Thunder Bay, en Ontario, Max Hollmann a grandi les skis aux pieds, bien avant de rêver aux podiums internationaux. « Je skie depuis que je sais marcher », raconte-t-il. Enfant, il était entouré de pistes, d’amis et d’une communauté où le ski de fond fait presque partie de l’ADN local. Les sentiers des centres nordiques Kamview et Lappe ont rapidement remplacé les terrains de jeu traditionnels.

Max Hollmann Sking at the Kamview Nordic Centre
C’est au sein du club de ski nordique Big Thunder que Max a commencé à s’entraîner sérieusement, partageant les pistes avec les athlètes du Centre national d’entraînement de développement de Thunder Bay. En observant ces fondeurs plus expérimentés se dépasser chaque jour, il a compris très tôt les exigences du sport de haut niveau.
« Je n’ai pas toujours aimé chaque séance d’entraînement », admet-il franchement. « Mais j’aime me donner à fond. J’aime cette sensation de fatigue quand je sais que j’ai tout donné. »
Premiers pas sur la scène mondiale
L’éthique de travail de Max a commencé à porter fruits lors des épreuves de sélection pour les Championnats du monde juniors. En 2023, il décroche une place convoitée pour représenter le Canada à Lygna, en Norvège, sa première expérience en compétition internationale, vêtu du maillot unifolié. Face à l’élite mondiale des moins de 20 ans, il termine 17e de sa première course. Un résultat prometteur, même s’il n’en saisit pas tout de suite la portée.
« Je ne comprenais pas vraiment à l’époque ce que signifiait cette 17e place », avoue-t-il. « Mais j’étais surtout inspiré par mes coéquipiers Xav, Tom, Sasha, Derek. » C’est cette inspiration qui l’a conduit à Canmore, en Alberta, où il a rejoint l’Alberta World Cup Academy et retrouvé plusieurs de ses anciens coéquipiers. S’entraînant quotidiennement en altitude, dans un milieu d’excellence, Max a trouvé sa place dans un groupe où chacun pousse l’autre à se surpasser. Avec l’équipe, un nouvel objectif s’est dessiné : les Championnats du monde U23, à Planica, en Slovénie.
L’or à Planica
Lorsque l’équipe est arrivée à Planica pour les Championnats du monde U23 en 2024, Max et ses coéquipiers étaient prêts à se mesurer aux meilleurs jeunes fondeurs de la planète. Le relais mixte figurait parmi les objectifs clés de l’équipe, mais personne n’imaginait vraiment écrire une page d’histoire. Une solide performance aurait déjà été un accomplissement.
Au moment où Jasmine Drolet passe le relais à Max, le Canada était en sixième position, à une quinzaine de secondes du groupe de tête. Selon les témoins, Max « est parti comme une fusée », bondissant hors de la zone de relais avec une détermination pour ramener le Canada dans le peloton de tête. Il se souvient encore parfaitement de cet instant. « Je savais que Liliane avait eu une super saison. Mon rôle, c’était de la remettre en position pour qu’elle puisse faire ce qu’elle sait faire de mieux. »
Lorsque Max a donné le relais à Liliane Gagnon pour la dernière étape, le podium semblait tout à coup accessible. Liliane a dépassé ses rivales dans les derniers mètres pour franchir la ligne d’arrivée en première position, offrant au Canada une médaille d’or historique. Revoyez la course : Médaille d’or au relais des Championnats du monde U23
« On n’arrivait pas à y croire », confie Max. « Il nous a fallu quelques jours pour réaliser ce qui venait de se passer. C’est le sommet de ma carrière jusqu’ici, mais pour moi, ce n’est qu’un tremplin. »

Derek Zaplotinsky, Liliane Gagnon, Jasmine Drolet, Max Hollmann (L-R) celebrate Gold
Une percée décisive
L’élan amorcé à Planica ne s’est pas essoufflé. Cette année, Max a connu sa première saison en Coupe du monde, affrontant pour la première fois les meilleurs fondeurs de la planète. Lors des Championnats du monde seniors en Norvège, il a contribué à une performance marquante : une cinquième place pour l’équipe masculine canadienne de relais, un résultat qui laisse entrevoir un tournant historique pour le ski de fond canadien à l’approche des Jeux olympiques.
Pour Max, ces succès ne sont pas simplement dus au talent. Il insiste plutôt sur l’importance du travail quotidien. Sa philosophie est simple : être présent, s’entraîner avec intensité, et faire confiance au processus.
« Je ne sais pas si quelqu’un aime vraiment souffrir à l’entraînement, dit-il. Mais certaines personnes y réagissent mieux que d’autres. Moi, j’aime les défis. Et à la fin, tout ça s’additionne. »
C’est cette mentalité, forgée sur les sentiers de Thunder Bay, qui l’a mené à convoiter les plus hauts niveaux de la scène mondiale. Le plus grand test reste à venir : les sélections olympiques canadiennes, qui auront lieu à Prince George en décembre.
« Mon objectif, c’est bien sûr de me qualifier pour les Jeux, mais surtout d’y faire ma meilleure course », explique-t-il. « Les sélections ne sont qu’une étape. Je dois être assez rapide pour faire partie de l’équipe, mais ce n’est pas une fin en soi. »
« Me qualifier sera un énorme soulagement. La pression est énorme. Alors je dois continuer à m’entraîner fort, rester en santé et me préparer pour la grande scène. »
20 dollars, une Nissan et l’esprit de Thunder Bay
Quand la pression monte, Max Hollmann sait qu’il n’est jamais vraiment seul sur la ligne de départ. Il sent la force de ceux qui l’ont accompagné depuis le début : sa famille, ses coéquipiers, et toute la communauté de Thunder Bay.
« Je pense à toutes les personnes qui m’ont soutenu là-bas. C’est comme si une multitude de mains me portaient pour que je puisse prendre le départ », confie-t-il.
Ce soutien se manifeste de manière forte et concrète. L’an dernier, Max est retourné chez lui pour rencontrer de jeunes athlètes. « J’essaie de les tenir au courant quand je suis en ville, d’assister à leurs entraînements, et de redonner à la communauté en partageant ce que j’ai appris au fil des années. »
Peu après son retour à Canmore, il a reçu une enveloppe par la poste. À l’intérieur : 20 dollars et un message d’un jeune skieur lui souhaitant bonne chance. « J’ai été profondément touché. Je me suis dit : wow, ce jeune croit en moi au point de m’envoyer ça. C’était un geste tellement gentil. » Max a tenu à répondre : il a envoyé au jeune admirateur un dossard de Coupe du monde, dédicacé de sa main.
Quelques mois plus tard, cette même famille a remporté un contrat de location de voiture d’un an dans un concours du concessionnaire Nissan local. Sachant que Max roulait dans une voiture à bout de souffle, ils ont pris la généreuse décision de lui offrir leur prix.
Aujourd’hui, Max conduit une Nissan Kicks, un symbole de la générosité qui lie les athlètes à leur communauté. « Chaque fois que je monte dans cette voiture, je pense à eux », confie-t-il. « Je me dis : Je ferais mieux de profiter pleinement de cette journée, parce qu’il y a des gens chez moi qui croient sincèrement en moi. »
« Ce sont des moments comme celui-là qui vous rappellent que ce parcours vous dépasse », explique-t-il. « Cette famille n’était pas obligée de faire ça, mais elle l’a fait. C’est exactement ce qui rend Thunder Bay si spéciale. »
Au fond, il sait que chaque entraînement exténuant, chaque départ de course, chaque ligne d’arrivée… ce n’est pas seulement pour lui. « Je ne suis pas seul dans tout ça », affirme-t-il. « Il y a tous ces gens derrière moi. C’est pour eux que je cours. »